Introduction
Ce dossier rassemble plusieurs analyses et études sur le thème de couple, famille et lien social, publiées par Familles Durables et issues de sources institutionnelles et scientifiques. De la stabilité conjugale et ses effets sur la réussite scolaire des enfants aux neurosciences de l’amour durable, en passant par la sociologie du gaspillage alimentaire et les défis des parents d’enfants en situation de handicap, ces recherches éclairent les multiples dimensions de la vie familiale contemporaine.
La famille, dans toutes ses configurations, reste le premier espace de socialisation, de transmission et de solidarité. Les études présentées ici convergent vers un constat : la qualité des liens familiaux, plus que leur forme, constitue le facteur déterminant du bien-être des individus et de la cohésion sociale.
USA : la stabilité de l’union des parents favorise leurs enfants dans le système éducatif
Un résumé de recherche publié en août 2022 par Nicholas Zill et Brad Wilcox de l’Institute for Family Studies, aux États-Unis, confirme les avantages relatifs des enfants de couples durables par rapport aux enfants grandissant dans des familles monoparentales ou recomposées, appelées familles « non intactes » par les auteurs du rapport.
Les deux auteurs ont examiné les données de deux éditions du National Household Education Surveys (NHES), deux enquêtes fédérales conduites à 23 ans d’intervalle, en 1996 et 2019. Leur but était de déterminer si et comment les liens entre les modes de vie des familles et les indicateurs de performance des élèves avaient changé dans le dernier quart de siècle. Elles ont respectivement concerné 17 535 et 15 999 élèves.
Les enquêtes ont démontré que tous les indicateurs de comportements et de performance problématiques étaient à la baisse pour l’ensemble de la population, dénotant des modifications de pédagogie et une attitude moins disciplinaire de la part du milieu éducatif.
Cependant, non seulement la probabilité de comportement problématique demeure plus élevée chez les enfants de familles « non-intactes » que chez les enfants de couples stables, elle a aussi augmenté entre 1996 et 2019. En effet, les élèves issus de familles « non-intactes » ont trois fois plus de chances d’être renvoyés, et deux fois plus de chances de redoubler que leurs pairs issus de familles aux parents en couple stable.
Résultats comparatifs entre structures familiales
| Indicateur | Familles stables | Familles non intactes | Évolution |
|---|---|---|---|
| Risque de renvoi | Référence | x 3 | Aggravé entre 1996 et 2019 |
| Risque de redoublement | Référence | x 2 | Aggravé entre 1996 et 2019 |
| Problèmes de comportement | Plus faible | Plus élevé | Écart croissant |
| Réussite scolaire globale | Plus élevée | Plus faible | Écart persistant |
Les résultats de l’enquête confirment les avantages comparatifs des enfants de couples stables, qu’il s’agisse de problèmes de comportements ou de réussite scolaire. Cela ne signifie pas que les enfants issus de familles « non-intactes » ne réussissent pas à l’école. Nombreux sont ceux qui obtiennent de bons résultats, en dépit des problèmes qu’ils peuvent rencontrer dans leur foyer. Une piste avancée par le rapport : l’implication des hommes dans l’éducation et le soin de leurs enfants est aujourd’hui plus importante que par le passé, dédoublant probablement les effets positifs de la stabilité.
Même si l’instabilité familiale est heureusement moins socialement stigmatisée qu’elle ne le fut autrefois, cette recherche démontre l’avantage grandissant des familles stables pour la réussite scolaire des enfants dans un monde en mutation.
”Faut-il en finir avec la famille ?”, l’histoire politique et la sociologie contre les clivages traditionnels
Dans « Faut-il en finir avec la famille ? », Raymond Debord, docteur en sciences humaines et spécialiste de la famille, déboulonne les idées reçues sur la famille, son éclatement, ses transformations, et sa perception dans un milieu politico-médiatique toujours dominé par les baby boomers et leurs souvenirs de luttes pour l’émancipation individuelle, il y a plus d’un demi-siècle.
Publié aux Éditions Critiques, l’opus de 300 pages développe avec rigueur la place de la famille dans le contexte culturel français, « entre carcan normatif et lieu de résistance au libéralisme », tout en dépassant le clivage traditionnel entre la droite et la gauche. Debord démontre que la famille n’est ni l’institution conservatrice que dénoncent certains, ni le refuge idéalisé que prônent d’autres, mais un espace de négociation permanent entre aspirations individuelles et solidarités collectives.
L’ouvrage propose une relecture historique de la famille française, depuis la Révolution jusqu’aux débats contemporains, en passant par les transformations du Code civil et l’évolution du droit de la famille. Cette perspective longue permet de comprendre comment la famille s’est constamment adaptée aux mutations économiques et sociales, tout en préservant sa fonction de premier lieu de solidarité.
Accès au livre : Faut-il en finir avec la famille ? Site des Éditions Critiques
Les neurosciences et l’amour durable
Dans une recherche menée au sein des Neuroscience Research Institute et du Department of Psychological and Brain Sciences de l’Université de Californie, Bianca Aceveda et son équipe ont exploré les connexions neuronales et génétiques propres à l’amour au sein de 19 couples de jeunes mariés n’ayant jamais été mariés auparavant.
Le résultat indique que l’amour romantique durable fait partie, chez les mammifères que nous sommes, d’une stratégie plus générale de reproduction et d’attachement à long terme ; une stratégie influencée par le circuit neuronal de la récompense, des processus cognitifs complexes et des facteurs génétiques.
En résumé, les humains seraient programmés pour entretenir une relation amoureuse durable et ainsi protéger et maximiser la famille, tout cela grâce aux neurotransmetteurs comme la dopamine, et une succession de mutations génétiques. Ces résultats apportent un éclairage scientifique aux politiques de soutien aux couples et aux familles, en montrant que la stabilité relationnelle n’est pas seulement un choix culturel mais aussi une disposition biologique.
Sociologie du gaspillage alimentaire en famille, analyses et solutions
Dans un article publié dans la Revue Française de Gestion, Amélie Clauzel, Nathalie Guichard et Caroline Riché cherchent à comprendre les perceptions par les membres de la famille de leurs rôles respectifs en matière de gaspillage alimentaire familial.
Pourquoi cette question ? Chaque année en France :
- 6,5 millions de tonnes de déchets alimentaires sont jetées à domicile,
- dont 1,2 million de tonnes de nourriture consommable,
- ce qui représente un taux estimé de gaspillage de 19 % des achats alimentaires,
- soit environ 29 kg par an et par membre du foyer
« La famille constitue simultanément un lieu de consommation et le dernier maillon de la chaîne du gaspillage alimentaire, mais aussi un lieu d’apprentissage en tant qu’agent de socialisation. Elle est donc, à double titre, un acteur à mobiliser dans la lutte anti-gaspi. » — « Le gaspillage alimentaire dans la famille, vers une socialisation bidirectionnelle »
L’étude révèle que les enfants jouent un rôle actif dans la sensibilisation au gaspillage au sein de la famille, créant une dynamique de socialisation bidirectionnelle où les plus jeunes influencent les pratiques des parents. Ce constat ouvre des perspectives intéressantes pour les politiques de sensibilisation environnementale ciblant les familles.
Questionnaire anonyme : Make Mothers Matter donne la parole aux mères sur les 1000 premiers jours
Le questionnaire anonyme mis en ligne par Make Mothers Matter a pour but de mieux connaître la réalité que vivent les mères du début de la grossesse jusqu’aux 2 ans de l’enfant approximativement. C’est la période appelée les 1000 premiers jours de l’enfant.
Le gouvernement a créé en septembre 2019 une commission composée de spécialistes afin de réfléchir aux problèmes que rencontrent les parents pendant cette période. Si le soutien et l’avis des chercheurs ou d’experts sont les bienvenus, ce sont les parents et en particulier les mères, dès le début de la grossesse qui sont concernés. La commission souligne l’importance de sécuriser la mère pour que l’enfant se développe correctement. L’association Make Mothers Matter France (MMM France) souhaite donc donner la parole aux mamans, concernant notamment la façon dont elles ont vécu ou vivent leur grossesse, leur accouchement, leurs premiers pas en tant que maman, les congés parentaux et les modes de garde.
95 % des parents d’enfants en situation de handicap inquiets pour l’avenir
L’enquête « La Voix des Parents » met en lumière les préoccupations profondes des parents d’enfants en situation de handicap. Les chiffres sont éloquents :
- Si 68 % des Français se déclaraient heureux en 2018, seuls 43 % des parents répondants l’estiment, et 24 % d’entre eux se sentent pessimistes ou découragés contre 11 % dans la population générale ;
- 95 % des parents appréhendent l’avenir de leur enfant lorsqu’ils ne seront plus là ;
- 74 % des parents ont le sentiment de ne pas être libres de choisir comment vivre leur vie ;
- 41 % des actifs qui ont répondu travaillent à temps partiel, contre 17,5 % des salariés dans la population générale ;
- 59 % des répondants indiquent que plus de solutions d’accompagnement leur permettrait de disposer de plus de temps pour eux.
Ces données soulignent l’urgence de renforcer les politiques de soutien aux familles touchées par le handicap, tant en matière d’accompagnement quotidien que de préparation de l’avenir des personnes handicapées adultes.
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Conclusion
Les six études et analyses rassemblées dans ce dossier dessinent un portrait nuancé de la famille contemporaine. Qu’il s’agisse de la stabilité du couple et de ses effets sur les enfants, des fondements neuroscientifiques de l’attachement durable, des dynamiques familiales autour du gaspillage alimentaire ou des défis spécifiques des parents d’enfants handicapés, chaque recherche confirme que la famille reste un lieu central de construction du lien social.
Les politiques publiques gagneraient à s’appuyer davantage sur ces données scientifiques pour adapter leurs dispositifs de soutien aux réalités vécues par les familles. L’enjeu n’est pas de promouvoir un modèle familial unique, mais de reconnaître et de soutenir la diversité des configurations familiales dans leur capacité à générer du bien-être et de la solidarité.