Introduction
Ce dossier rassemble plusieurs analyses et études sur le thème de maltraitance, adversité dans l’enfance et conséquences, publiées par Familles Durables et issues de sources institutionnelles et scientifiques.
La maltraitance amoindrit les capacités intellectuelles des enfants
La maltraitance infantile implique des risques considérables pour la santé
Modifiant profondément les trajectoires du développement du cerveau, la maltraitance infantile favorise une augmentation considérable des risques pour la santé à long terme, ainsi qu’une altération du développement intellectuel.
C’est ce que démontre une équipe de scientifique dans un article publié dans Neurobiology of Stress en novembre 2023.
49 enfants victimes de violences étudiés
Une équipe de chercheurs a mobilisé des données IRM obtenues auprès de 49 enfants âgés de 3 à 5 ans victimes de violence émotionnelle et physique et / ou de négligence dans les 6 mois précédents afin de mesurer l’impact immédiat de ses violences sur le développement du cerveau.
Résultat, la gravité d’un niveau de maltraitance plus élevée est significativement corrélée avec un volume intracrânien plus petit.
La violence réduit la quantité de matière grise… et le QI.
Celui ci est causé par un volume cérébral total plus faible, lui-même principalement résultant d’un plus petit volume de matière grise.
De plus, le plus petit volume de la matière grise était associé à un QI plus faible à l’entrée de l’étude.
Les associations observées étaient indépendantes des variables de confusion potentielles, notamment la taille, le statut socioéconomique, l’âge et le sexe.
L’articleGreater maltreatment severity is associated with smaller brain volume with implication for intellectual ability in young childrena été publié en novembre 2023 dansNeurology of Stresset a été rédigé par Judith Joseph, Claudia Buss, Andrea Knop, Karin de Punder, Sibylle M. Winter, Birgit Spors, Elisabeth Binder, John-Dylan Haynes et Christine Heim.
La pandémie a bien augmenté le risque de maltraitance
Une étude publiée le 31 décembre 2021 par l’école de Politiques Publiques de Georgia Tech, aux USA, souligne que la pandémie de Covid 19, la distanciation sociale, la fermeture des écoles et des modes de gardes, et les problèmes économiques liés, ont bien augmenté le risque de mauvais traitement des enfants dans des familles à faibles revenus, selon 258 professionnels chargés de visites à domicile.
Afin de prévenir les mauvais traitements au sein de ces populations vulnérables, l’étude recommande aux responsables politiques de considérer un soutien ciblé et renforcé pour ces familles, dans le cas où de futurs événement résulteraient en des fermetures de lieux d’accueil et de service semblables à ceux vécus pendant la pandémie.
Pour accéder à l’étude, cliquez ici
Enfance : des relations positives avec les parents mais aussi d’autres adultes amoindrissent les risques de troubles mentaux
Une étude dirigée parSara B. VanBronkhorst, de la faculté de psychologie de l’Université de Columbia de New York, a permis d’identifier les facteurs de résilience socioculturelle qui, pendant l’enfance, sont pertinents dans le contexte des expériences adverses de l’enfance.
Cette étude met en lumière que relations positives avec les parents et avec des adultes non parentaux pendant l’enfance peuvent réduire le risque de troubles mentaux ultérieurs indépendamment de l’exposition aux expériences adverses de l’enfance.
Cohorte et résulats
Cette étude de cohorte a examiné 4 vagues de données de l’étude Boricua Youth, qui comprenait des enfants portoricains du South Bronx, à New York, et de San Juan, à Porto Rico. Les participants étaient âgés de 5 à 17 ans aux vagues 1 à 3 (2000-2003) et de 15 à 29 ans à la vague 4 (2013-2017).
Des modèles de régression linéaire et logistique ont testé les associations de 7 facteurs de résilience de l’enfance et de leur interaction avec les expériences adverses de l’enfance sur les résultats de santé mentale des jeunes adultes. Les données ont été analysées de juin 2021 à octobre 2023.
Parmi les principaux résultats et mesures : Stress perçu, trouble dépressif majeur et/ou trouble anxieux généralisé (TDM/TAG), et trouble lié à l’utilisation de substances (TUS) chez les jeunes adultes. Parmi un total de 2004 participants, l’âge moyen à la vague 4 était de 22,4 ans ; 1024 participants (51,1 %) étaient des femmes et 980 (48,9 %) étaient des hommes.
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Les relations parent-enfant positives et le soutien d’adultes non parentaux pendant l’enfance sont associés à la fois à un stress perçu plus faible et à des probabilités plus faibles de TDM/TAG à l’âge adulte jeune.
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La chaleur maternelle rapportée pendant l’enfance sont également associée à un stress perçu plus faible chez les jeunes adultes.
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Aucun des facteurs de résilience n’était associé au TUS.
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Les facteurs de résilience postulés tels que le familisme, les amitiés et la religiosité familiale n’étaient associés à aucun des résultats de santé mentale dans un contexte d’expérience adverse de l’enfance.
Les résultats de cette étude suggèrent que la promotion de relations positives avec les adultes pendant l’enfance peut réduire le stress et les TDM/TAG chez les jeunes adultes.
Cependant, il demeure nécessaire d’identifier des facteurs de protection socioculturels de l’enfance pour les expériences adverses de l’enfance.
Des résultats inattendus
Il convient d’être prudent en supposant quels facteurs de résilience sont pertinents pour un groupe donné, car une religiosité familiale plus élevée (un facteur de résilience postulé) était de manière inattendue associée à un niveau plus fort, plutôt que plus faible, entre les expériences adverses de l’enfance et le stress perçu à l’âge adulte jeune.
Un article rédigé parSara B. VanBronkhorst,Eyal Abraham,Renald Dambreville,et al., publié le 27 décembre 2023 dansJAMA Psychiatry.
Un lien entre une enfance difficile et la “créativité malveillante” chez les jeunes adultes
Afin d’explorer le sujet de l’impact entre les difficultés vécues pendant l’enfance et la “créativité malveillante”, Natalie A. Ceballos et Toni Terling Watt ont recueilli des données auprès de 524 étudiants inscrits à des cours de psychologie et de sociologie dans un établissement d’enseignement supérieur américain.
Pour mesurer les expériences négatives de l’enfance, les participants ont répondu à des questions sur les expériences d’abus, de négligence ou d’autres problèmes familiaux (comme le divorce ou la toxicomanie) auxquels ils ont été confrontés avant d’avoir 18 ans.
Identifier les individus à haut risque
Les participants ont ensuite été classés en fonction du nombre d’expériences négatives qu’ils ont signalées : ceux qui avaient connu quatre types d’adversité ou plus étaient considérés comme un groupe à haut risque, tandis que ceux qui en avaient moins de quatre étaient considérés comme à faible risque.
L’étude comprenait également un outil spécifique pour mesurer la créativité malveillante, l’échelle de comportement de créativité malveillante. Cette échelle permet de quantifier la fréquence à laquelle les individus peuvent utiliser la pensée créative pour adopter des comportements tels que mentir, jouer des tours ou manipuler des situations de toute autre manière pour nuire aux autres.
En plus d’évaluer la créativité malveillante, les chercheurs ont mesuré la créativité générale (positive) des participants à l’aide de l’échelle des domaines de créativité de Kaufman, qui examine diverses formes de créativité, telles que la créativité artistique, scientifique et mécanique.
Un lien entre les expériences négatives de l’enfance et une tendance accrue à la créativité malveillante
Une fois les résultats analysés, les chercheurs ont identifié un lien entre les expériences négatives de l’enfance et une tendance accrue à la créativité malveillante.
En effet, les personnes qui ont signalé quatre types d’expériences négatives ou plus ont obtenu des scores plus élevés sur l’échelle de créativité malveillante, indiquant qu’elles étaient plus susceptibles d’utiliser leur créativité pour nuire aux autres.
Cette relation est restée stable même après avoir pris en compte la créativité positive et les facteurs démographiques.
Les facteurs psychosociaux changent la donne
Cependant, le lien entre l’adversité infantile et la créativité malveillante a changé lorsque les facteurs psychosociaux ont été pris en compte. Plus précisément, les individus ayant des niveaux plus élevés de soutien social et d’empathie étaient moins susceptibles de se livrer à une créativité malveillante, ce qui suggère que ces facteurs peuvent servir d’éléments protecteurs.
Bien que cette recherche apporte de nouvelles perspectives, elle comporte certaines limites. L’étude s’appuie sur des données autodéclarées, qui peuvent être affectées par des biais tels que la désirabilité sociale et les erreurs de mémoire.
L’étude “The Influence of Adverse Childhood Experiences on Malevolent Creativity in Young Adulthood” (“L’influence des expériences infantiles adverses sur la créativité malveillante chez les jeunes adultes”) a été rédigée par Natalie A. Ceballos et Toni Terling Watt, et publiée dans la revue scientifique Behavioral Sciences.
Focus : le “meilleur intérêt de l’enfant” victime de violence conjugale
Direction le Canada pour une perspective critique et multidisciplinaire du concept du “meilleur intérêt de l’enfant”. Cette publication met en évidence certains enjeux associés à l’interprétation et à l’application de ce principe dans des situations où les enfants vivent dans un contexte de violence conjugale. Il propose aussides pistes de solutions pour que les décisions soient réellement prises dans l’intérêt de ces enfants et dans le respect de leurs droits.
Le principe du meilleur intérêt de l’enfant est au coeur de la Convention relative aux droits de l’enfant, qui stipule que “dans toutes les décisions qui concernent les enfants (…) l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale.” (Organisation des nations unies, 1989).
À la fois appréciée et critiquée pour son manque d’exhaustivité et son caractère subjectif, l’interprétation de la notion du meilleur intérêt de l’enfant est toujours un reflet des “valeurs d’une société à une époque donnée”
Accéder à la publication : Le meilleur intérêt de l’enfant victime de violence conjugale, enjeux et réponses sociojudiciaires, sous la direction de Simon Lapierre et Alexandra Vincent