Chaque 15 mai, la communauté internationale célèbre la Journée internationale des familles, instaurée par l’Assemblée générale des Nations Unies en 1993. Présentées comme un “échelon inévitable au processus du développement”, les familles bénéficient de cette date dédiée à la sensibilisation aux enjeux qui les concernent.
En France, où la Constitution elle-même reconnaît le rôle fondamental de la famille, cette journée reste paradoxalement peu investie par les pouvoirs publics. Un constat d’autant plus surprenant que les transformations profondes de la structure familiale française appellent un débat public renouvelé.
L’ONU et la reconnaissance internationale du rôle des familles
Les origines de la Journée internationale
Le 29 mai 1985, dans sa résolution E/RES/1985/29, le Conseil économique et social a invité l’Assemblée générale de l’ONU à étudier la possibilité d’inscrire à son ordre du jour une question intitulée “Les familles dans le développement”, afin de lancer un processus de développement de la prise de conscience globale des problèmes familiaux auprès des gouvernements, des institutions intergouvernementales et non gouvernementales et de l’opinion publique.
Plus tard, le 7 décembre 1987, l’Assemblée générale a adopté sa résolution A/RES/42/134, invitant tous les États à donner leur avis sur la proclamation éventuelle d’une année internationale de la famille. L’Année internationale de la famille, 1994, a été proclamée par l’Assemblée générale dans sa résolution A/RES/44/82 du 9 décembre 1989.
En 1993, l’Assemblée générale, dans sa résolution A/RES/47/237, a proclamé le 15 mai de chaque année Journée internationale des familles, afin de mieux faire connaître les questions liées à la famille et d’accroître la connaissance des enjeux sociaux, économiques et démographiques qui les affectent.
Le rôle des journées internationales
Les journées internationales constituent, selon l’ONU, un “puissant outil de sensibilisation”. Chaque journée offre à de nombreux acteurs — organisations du système des Nations Unies, gouvernements, société civile, secteurs public et privé, écoles, universités et citoyens — la possibilité d’organiser des activités de sensibilisation et d’action en rapport avec le thème retenu.
| Étape | Date | Résolution |
|---|---|---|
| Première mention | 29 mai 1985 | E/RES/1985/29 |
| Invitation aux États | 7 décembre 1987 | A/RES/42/134 |
| Année internationale de la famille | 9 décembre 1989 | A/RES/44/82 (année 1994) |
| Journée internationale des familles | 1993 | A/RES/47/237 (15 mai) |
Les familles en France : état des lieux
L’absence d’événement national
La France ne propose pas d’événement officiel lors de la Journée internationale des familles. Ce silence institutionnel est d’autant plus paradoxal que l’article 10 du préambule de la Constitution de la Cinquième République dispose que “la Nation assure à l’individu et à la famille les conditions nécessaires à leur développement.” Cette base constitutionnelle fonde l’ensemble de la politique familiale française, de la CAF aux allocations familiales.
L’instauration d’un événement national à l’occasion de cette journée constituerait une piste pertinente, en particulier à l’heure où les familles françaises traversent des mutations profondes qui appellent un débat public éclairé par les données de la recherche.
Les chiffres clés de la famille en France
Selon les données publiées par l’INSEE pour la France en 2020 :
- 8,0 millions de familles hébergent au moins un enfant mineur
- 66 % des familles sont “traditionnelles” (soit 5,3 millions de familles où tous les enfants résidant dans le logement sont ceux du couple)
- 25 % sont monoparentales (soit 2,0 millions de familles où les enfants résident avec un seul parent, sans conjoint cohabitant)
- 9 % sont recomposées (soit 717 000 familles où il y a dans le logement un couple et au moins un enfant né avant l’union)
Entre 2011 et 2020, la part des familles “traditionnelles” diminue de 3 points, alors que celle des familles monoparentales croît de 3 points. La part des familles recomposées reste stable. Ces évolutions, bien que graduelles, traduisent une transformation structurelle du paysage familial qui a des implications directes sur les besoins en matière de politiques publiques.
Comment définir la famille ?
La définition de la famille retenue par l’Institut National d’Études Démographiques (INED) est la suivante : “Groupe de personnes liées par des liens de filiation et d’alliance.”
L’institution précise : “Une famille rassemble plusieurs personnes, appartenant toutes à un même ménage. Pour déterminer une famille au sens du recensement, on ne prend en compte que les liens de vie en couple et de filiation directe (parent/enfant). Une relation comporte au maximum deux générations successives ; ce peut être un couple, avec ou sans enfant(s), ou une famille monoparentale.”
La famille élargie comprend également les oncles et tantes, les grands-parents, les cousins et les neveux, les petits-enfants. Cette distinction entre famille nucléaire et famille élargie est essentielle pour comprendre les solidarités intergénérationnelles qui continuent de jouer un rôle majeur dans la société française, en matière de garde d’enfants, d’aide financière et de soutien émotionnel.
Les enjeux d’une définition évolutive
La définition statistique de la famille a évolué au fil des décennies pour intégrer de nouvelles réalités : familles recomposées, familles homoparentales, résidence alternée. Ces adaptations sont nécessaires pour que les politiques publiques puissent s’adresser à l’ensemble des configurations familiales existantes, tout en préservant l’attention portée aux besoins spécifiques des enfants, quel que soit le cadre familial dans lequel ils grandissent.
La France face à ses engagements internationaux
La France est signataire de nombreux textes internationaux qui reconnaissent le rôle central de la famille. La Convention internationale des droits de l’enfant (1989), ratifiée par la France en 1990, dispose dans son préambule que “la famille, unité fondamentale de la société et milieu naturel pour la croissance et le bien-être de tous ses membres, et en particulier des enfants, doit recevoir la protection et l’assistance dont elle a besoin.” Pourtant, la traduction de ces engagements en politiques concrètes reste inégale.
L’absence d’événement national lors de la Journée internationale des familles contraste avec la pratique d’autres pays européens qui organisent à cette occasion des forums, des colloques ou des campagnes de sensibilisation. En Allemagne, par exemple, le Familientag fait l’objet d’initiatives portées conjointement par le gouvernement fédéral et les Länder. En Espagne, des associations familiales organisent des manifestations dans les principales villes du pays.
Pour la France, l’organisation d’un événement annuel pourrait servir de point de rendez-vous entre les acteurs de la politique familiale — institutions, associations, chercheurs — et contribuer à rendre visibles les enjeux que les familles traversent au quotidien : conciliation vie professionnelle et vie familiale, accès au logement, soutien à la parentalité, prévention des ruptures conjugales.
Conclusion
La Journée internationale des familles rappelle chaque année l’importance fondamentale des structures familiales dans le développement des sociétés. En France, où les transformations familiales sont profondes et rapides, cette journée mériterait une visibilité institutionnelle à la hauteur des enjeux. La Constitution française elle-même reconnaît à la famille un rôle essentiel : il appartient aux pouvoirs publics de traduire cette reconnaissance en politiques concrètes, adaptées à la diversité des familles du XXIe siècle.


