Le nombre de naissances devrait passer sous la barre des 700 000 en 2023, rapporte l’UNAF, là où ils étaient plus de 800 000 il y a 10 ans. Afin de mieux connaître les causes de ce décrochage démographique, l’institution de la place Saint-Georges a fait réaliser deux études auprès des parents dont elle a révélé les résultats au début du mois de janvier 2024. Familles Durables relaie ci-dessous les éléments partagés par communiqué de presse.
Ces deux études — l’une confiée à Verian (ex-Kantar Public) pour actualiser les données Eurobaromètre sur le nombre idéal d’enfants, l’autre confiée à OpinionWay pour l’Observatoire des familles — apportent un éclairage essentiel sur l’écart croissant entre le désir d’enfant, profondément ancré dans la société française, et sa réalisation effective, de plus en plus contrainte par les conditions matérielles et le contexte sociétal.
Un désir d’enfant profondément enraciné
L’UNAF observe que le désir d’avoir des enfants reste une aspiration fondamentale de la société française. Les chiffres sont éloquents :
- Au sein des familles, le désir d’avoir des enfants est profondément enraciné : 97 % des parents disent qu’ils souhaitaient avoir des enfants. Les femmes et les parents de familles nombreuses montrent un désir plus élevé que la moyenne.
- 2/3 des personnes entre 25 et 43 ans qui n’ont pas d’enfant en souhaitent, ou en auraient souhaité.
- 2,27 est le nombre idéal moyen d’enfants souhaité dans l’ensemble de la population.
- La famille souhaitée est constituée de deux enfants pour une majorité relative des parents (49 %), mais plus d’un tiers d’entre eux désire une famille nombreuse (trois enfants ou plus).
Les motivations du projet parental
Avoir des enfants, c’est avant tout vouloir “fonder une famille” (70 %), “aimer et être aimé” (50 %), “transmettre des valeurs” (39 %). Ces motivations, profondément ancrées dans le registre affectif et symbolique, contrastent avec la rationalité économique qui préside souvent au débat public sur la natalité.
Pour les personnes sans enfant et qui n’en souhaitent pas, les raisons sont extrêmement éclatées : contexte actuel (30 %), absence de désir d’enfant (20 %), entrave à l’épanouissement personnel (14 %), coût de l’enfant (13 %), environnement (11 %), surpopulation de la planète (5 %).
Un écart préoccupant entre aspiration et réalisation
L’un des enseignements majeurs de l’étude est la mise en évidence d’un écart significatif entre le nombre d’enfants souhaité et la réalité démographique.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Nombre idéal moyen d’enfants souhaité | 2,27 |
| Fécondité observée | 1,7 |
| Écart | 0,57 enfant |
| Parents ayant renoncé au nombre souhaité | 18 % (1 sur 5) |
| Personnes sans enfant ayant renoncé | 13 % |
- En France, le nombre souhaité d’enfants est beaucoup plus élevé que la fécondité observée : 2,27 contre 1,7.
- 1 parent sur 5 a renoncé à avoir le nombre d’enfants qu’il aurait souhaité (18 %). Ces parents expliquent leur situation en raison de leur inquiétude quant à l’évolution du monde (30 %) et du coût financier d’élever un enfant de plus (28 %). 22 % évoquent la question de la fertilité.
- 13 % des personnes sans enfant ont renoncé à avoir des enfants alors qu’ils en souhaitaient.
Un calendrier des naissances de plus en plus contraint
Le calendrier des naissances semble davantage subi : 21 % des parents auraient préféré avoir leur premier enfant plus tôt, contre 9 % il y a une douzaine d’années. Ce décalage contraint pèse notamment sur les femmes de CSP+. Il est également lisible dans les chiffres de la démographie qui montrent une baisse plus significative de la fécondité des femmes avant 30 ans.
Ce report de la première naissance a des conséquences en cascade : réduction mécanique de la fenêtre de fertilité, espacement contraint des naissances, et in fine renoncement au nombre d’enfants initialement souhaité. Les difficultés croissantes d’accès à un logement familial et la précarité de l’emploi des jeunes adultes contribuent directement à ce phénomène.
Les conditions nécessaires à la réalisation du projet familial
Les études de l’UNAF identifient clairement les prérequis que les Français considèrent comme nécessaires avant d’envisager un enfant :
- Avant d’avoir un enfant, la priorité est d’être en couple stable (57 %) et d’avoir un logement adapté (54 %). Avoir assez d’argent (48 %) est déterminant, plus encore pour les personnes “sans enfant” (61 %).
- Par rapport à 2012, la question financière est devenue plus importante que la question du travail stable, signe d’une précarisation ressentie qui dépasse le seul statut d’emploi.
Ces données révèlent que le projet parental est conditionné par un triptyque stabilité affective — logement — ressources financières dont chaque composante doit être réunie. L’absence de l’une d’entre elles suffit à reporter ou annuler le projet.
La politique familiale comme levier
Plus de la moitié des familles estiment le contexte actuel en France globalement défavorable pour avoir des enfants (57 %). Cette perception est encore plus marquée chez les femmes, ainsi que chez les parents vivant en zone rurale.
Environ 4 parents sur 10 estiment qu’ils n’ont pas bénéficié d’un soutien suffisant de la politique familiale à l’arrivée de leur premier enfant. On relèvera que le pourcentage est sensiblement le même, quelle que soit la catégorie socioprofessionnelle du répondant, ce qui suggère un sentiment d’insuffisance transversal.
Les mesures attendues par les familles
Parmi les mesures d’accompagnement qui pourraient encourager la réalisation du désir d’enfant, les congés familiaux bien indemnisés font consensus, en particulier auprès des parents travaillant à temps partiel et des personnes qui n’ont pas encore d’enfant.
Les conditions matérielles (budget, conciliation vie familiale-vie professionnelle, logement) jouent un rôle déterminant dans le décalage entre aspiration et réalisation, notamment en reportant l’arrivée des enfants. Répondre à l’aspiration des parents constitue un véritable enjeu politique et démocratique, sans compter l’impact sur la vitalité des territoires, sur l’activité économique et sur l’équilibre du système de protection sociale.
La dimension territoriale du désir d’enfant
Le fait que les parents vivant en zone rurale perçoivent davantage le contexte comme défavorable est un signal à ne pas négliger. L’éloignement des services publics (crèches, maternités, services de PMI), la raréfaction de l’offre médicale et la moindre densité des réseaux de soutien à la parentalité constituent des freins objectifs à la réalisation du projet familial dans ces territoires. Les politiques de soutien à la natalité ne peuvent se limiter aux métropoles ; elles doivent intégrer la diversité des territoires et adapter leurs dispositifs aux réalités locales.
Retrouvez en ligne :
- L’étude OpinionWay pour l’Observatoire des familles du réseau Unaf-Udaf-Uraf.
- Le chiffre Verian (Kantar Public) sur le nombre idéal personnel d’enfants.
- Accès au bilan démographique 2023 de l’UNAF.
Conclusion
Les études de l’UNAF établissent un constat sans équivoque : le désir d’enfant est vivace en France mais sa réalisation est entravée par des obstacles matériels et un climat d’inquiétude généralisé. L’écart de 0,57 enfant entre aspiration (2,27) et réalité (1,7) représente, à l’échelle du pays, des centaines de milliers de naissances “manquées” chaque année. Combler cet écart suppose une politique familiale ambitieuse, articulant congés parentaux bien indemnisés, accès au logement familial et conciliation effective entre vie professionnelle et vie familiale. Il en va du renouvellement démographique de la France et de la vitalité de son modèle social.


