Introduction
Ce dossier rassemble plusieurs analyses et études sur le thème de fécondité, démographie et désir d’enfant, publiées par Familles Durables et issues de sources institutionnelles et scientifiques.
Université de Stanford : les conséquences néfastes du déclin démographique
L’Université de Stanford, aux États-Unis, a publié en mars 2022 une mise à jour de l’article publié par Charles I. Jones, intitulée “La fin de la croissance économique ? Les conséquences inattendues du déclin de la population” (en version originale,The End of Economic Growth? Unintended Consequences of a Declining Population).
Maniant divers models économiques, Charles I. Jones démontre que dans un contexte marqué par un vieillissement accéléré de nombreuses sociétés, tant l’allocation optimale des resources que le maintient des standards de vie seront touchés par le déclin prévisible de la population mondial.
Accéder à l’article mis à jour en anglais ici
Fécondité : 63 % de la population mondiale sous le seuil de renouvellement des générations
Baisse massive de la fécondité mondiale en 20 ans
La fécondité est inférieure au seuil de renouvellement des générations (2,1 enfants par femme) dans 152 des 235 zones, rassemblant désormais 63 % de la population mondiale (contre 45 % en 2000).
C’est ce que démontrentChristian VandermottenetChristian Dessouroux, de Université libre de Bruxelles, dans un article paru dans le numéro 618 de Population & Société (INED, 2024)
L’Asie, à l’encontre des clichés
Selon les chercheurs, les plus basses fécondités s’observent dans les zones côtières mégalopolitaines chinoises, la Mandchourie et la Corée du Sud, où l’ICF est passé sous le seuil d’1 enfant par femme.
Les populations de l’Europe et de l’Asie orientale, déjà à basse fécondité dans les années 2000, ont été rejointes dans cette catégorie par presque tout le continent américain, une grande partie de l’Inde, l’Indonésie et très récemment les Philippines.
C’est en Inde que les contrastes infranationaux sont les plus flagrants. Au sud et à l’ouest de l’Inde, ainsi qu’au Bengale, l’ICF est presque partout inférieur à 2,1 (et même sous 1,5 enfant sur la côte du Maharashtra, dans le sud du Karnakata et dans la région de Kolkata).
À l’opposé, dans les États pauvres et très densément peuplés de la vallée du Gange, la fécondité reste comprise entre 2,3 et 3,0. Elle y a toutefois fortement baissé depuis 2000 où l’ICF s’y établissait entre 4,3 et 4,8 (figure 2).
Publication d’origine accessible via ce lien
Panorama OCDE 2024 : l’indicateur conjoncturel de fécondité est passé de 3.3 enfants par femme 1960 à 1,5 en 2022
L’indicateur conjoncturel de fécondité a diminué de moitié entre 1960 et 2022, passant de 3.3 enfants par femme à 1.5 en moyenne à l’échelle de l’OCDE – et donc en dessous du seuil de renouvellement des générations, qui se situe à 2.1 enfants par femme, déclare l’OCDE.
Selon les auteurs du Panorama de la société 2024, “ce déclin de la natalité va transformer en profondeur les sociétés, les populations et les familles, et pourrait avoir une incidence non négligeable sur la croissance économique et la prospérité.“
Principales conclusions du rapport Panorama de la société 2024 :
- Les taux de fécondité sont faibles, car les femmes ont des enfants tard ou n’en ont pas du tout
- Les difficultés auxquelles les jeunes se heurtent sont susceptibles d’entraîner un report des projets parentaux
- La fécondité augmente lorsque les femmes peuvent concilier travail et vie de famille
Les recommandations adressées par l’OCDE aux pouvoirs publics :
- Promouvoir un partage plus équitable des responsabilités professionnelles et familiales et agir sur le coût du logement
- Préparer un avenir où les taux de fécondité seront plus bas
Accès au Communiqué de Presse de l’OCDE :“Le déclin du taux de fécondité met en péril la prospérité des générations futures”
Accès au rapportPanorama de la société 2024 : Un éclairage sur l’évolution de la fécondité
France : explosion du coût d’un mois de vie décente en famille en 3 ans
La vie plus chère pour les familles
Entre juin 2021 et juin 2024, selon les différentes configurations familiales pour lesquelles l’UNAF calcule un budget type, le coût d’un mois de vie décente s’est accru d’un montant allant de 332€ (famille « H » monoparentale avec un parent d’un adolescent) à 694€ (famille « D » : couple avec deux enfants de 6 à 14 ans et deux adolescents), soit près d’un demi-smic actuel.
L’essentiel de ces augmentations provient des budgets alimentation, logement et transport. À titre de comparaison, les allocations familiales de la famille « D » n’ont, dans le même temps, augmenté que de 75€, note l’UNAF.
Ces chiffres rappellent qu’à revenu égal, l’inflation appauvrit davantage un ménage avec enfant(s) que sans enfant.
Pour accéder à la communication de l’UNAF, cliquez ici.
Coût de la vie et baisse de la fécondité
En France, le nombre souhaité d’enfants est beaucoup plus élevé que la fécondité observée : 2,27 contre 1,7,rapportait l’UNAF en janvier 2024.
Selon l’étude de l’institution, 1 parent sur 5 a renoncé à avoir le nombre d’enfants qu’il aurait souhaité (18 %). Ces parents expliquent leur situation en raison de leur inquiétude quant à l’évolution du monde (30 %) et du coût financierd’élever un enfant de plus (28 %). 22 % évoquent la question de la fertilité.
Avant d’avoir un enfant, la priorité est d’être en couple stable(57 %) et d’avoir un logement adapté(54 %). Avoir assez d’argent (48 %) est déterminant, plus encore pour les personnes « sans enfant » (61 %). Par rapport à 2012, cette question financière est devenue plus importante que la question du travail stable.
Royaume-Uni : des loyers 10% plus chers font baisser la natalité de 2 à 4%
Selon une analyse menée en 2012 par Elizabeth Washbrook de l’Université de Bristol, une augmentation des prix des loyers aurait, dans le contexte britannique, des effets négatifs sur la natalité. Si les effets sont différents pour les locataires et les propriétaires, le résultat final demeure le même pour la société.
Natalité : l’augmentation des loyers accélèrent mais ne changent pas le comportement des propriétaires
Une augmentation de 10% du prix moyen des maisons au cours d’un mois donné augmente la fécondité des propriétaires de 2,4% au cours de l’année suivante, démontre Elizabeth Washbrook.
Cependant, les taux de fécondité cumulatifs reviennent à la normale d’ici deux ans, suggérant que l’effet sur la fécondité des propriétaires concerne plutôt le calendrier de la fécondité que la taille de la famille complète.
Particularité, des analyses supplémentaires montrent que les effets positifs sur la fécondité observés chez les propriétaires se limitent aux naissances de deuxième ordre et supérieures.
Moins de bébés : les couples locataires affectées par les augmentations de loyers
En revanche, il existe des preuves d’effets négatifs retardés pour les locataires. Une augmentation de 10% du prix moyen des maisons au cours d’un mois donné n’a aucun effet significatif sur la fécondité des locataires au cours des 12 mois suivants.
Cependant, deux ans plus tard, les taux de fécondité sont plus bas de l’ordre de 2 à 4%. Les taux de fécondité pour ce groupe restent plus bas trois ans plus tard, suggérant que les augmentations de prix des loyers affectent la fécondité complète ainsi que le calendrier des naissances.
Les effets négatifs sur la fécondité observés chez les locataires privés, tout comme ceux des propriétaires, se concentrent sur les naissances de deuxième ordre et supérieures.
Pour accéder à la publication, c’est par ici.
USA : plus que jamais, l’identité politique des jeunes influence leurs désirs de fertilité
Une étude publiée dans leJournal of Marriage and Familya révélé que l’identité politique influence de plus en plus le nombre d’enfants que les jeunes adultes américains désirent avoir.
Si le désir de fertilité exprimé à 18 ans est peu significatif pour la fertilité réelle, cette étude menée sur une période de trois décennies a révélé que les jeunes Républicains exprimaient systématiquement un désir plus fort d’avoir des familles plus nombreuses que leurs homologues Démocrates, cet écart se creusant au fil du temps.
Un écart croissant entre Républicains et Démocrates
Les résultats ont montré des différences partisanes claires et cohérentes. Sur toutes les périodes, les républicains voulaient plus d’enfants que les démocrates. En moyenne, les républicains souhaitaient avoir 2,56 enfants, contre 2,44 enfants chez les démocrates.
La différence était faible au début (à peine 0,06 enfant au cours des premières années de l’étude), mais elle s’est considérablement accrue au fil du temps.
Au cours de la période finale, de 2014 à 2019, les républicains souhaitaient avoir 0,20 enfant de plus que les démocrates.
En particulier, les jeunes Républicains étaient plus susceptibles de vouloir des familles nombreuses avec quatre enfants ou plus, tandis que les démocrates exprimaient de plus en plus une préférence pour les familles plus petites, voire pas d’enfants du tout.
Un tournant en 2023
Ce clivage partisan s’est accentué après 2003, un tournant dans la chronologie de l’étude. Avant 2003, les souhaits de fécondité des républicains et des démocrates étaient plus proches, les deux groupes fluctuant dans leur désir d’avoir des familles plus ou moins nombreuses.
Cependant, à partir du milieu des années 2000, les Républicains ont systématiquement commencé à exprimer une préférence plus marquée pour les familles plus nombreuses, tandis que les Démocrates ont évolué dans la direction opposée, un nombre croissant d’entre eux exprimant le désir de ne pas avoir d’enfants.
L’étude« Youth’s political identity and fertility desires »(«L’identité politique et les désirs de fertilité des jeunes») a été rédigée par Heather M. Rackin et Christina M. Gibson-Davis.
La préférence du sexe de l’enfant en Europe et ses implications
Le journal scientifique anglophone Demographic Research a publié un article intitulé“La préférence du sexe pour les enfants en Europe : le sexe des enfants, la probabilité et la planification des naissance”(en anglais : “The sex preference for children in Europe: Children’s sex and the probability and timing of births”), rédigé parEwa Cukrowska-Torzewska et Magdalena Grabowska.
Les préférences des parents quant au sexe de leurs enfants peuvent avoir des répercutions sur leur fertilité, résultant en une probabilité variable d’avoir un ou plusieurs enfants de plus selon le sexe du premier né.
En Europe, une préférence marquée pour le sexe féminin
Les chercheures démontrent que les parents, en Europe, préfèrent avoir un enfant de sexe féminin. Cela implique une plus grande probabilité de ne pas vouloir de deuxième enfant si le premier est une fille.
Une planification et un rythme des naissances qui varie du fait des préférences
L’étude démontre également une plus grande probabilité d’avoir un troisième enfant si les deux premiers sont du même sexe ; ainsi qu’une plus grande probabilité d’avoir plus rapidement un enfant si le sexe du premier ne correspond pas à la préférence des parents.